Crise économique

Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement
« Le CCFD – Terre Solidaire, en 48 ans d’expérience, a acquis une compétence reconnue dans le domaine de la lutte contre la faim et pour le développement. Pour ce service de charité, le CCFD – Terre Solidaire est appelé à déployer son action. »
Monseigneur Bernard HOUSSET

Les orientations du CCFD pour 2008-2012
>> Le contexte :
Vives tensions liées à l’accès aux ressources naturelles et replis identitaires ; crise environnementale remettant en cause les équilibres de la planète et creusant les inégalités ; crises financières à répétition ; migrations nuisibles pour les pays d’origine et mal acceptées par les pays de destination ; uniformisation de l’information par des médias sous la coupe d’intérêts particuliers…
>> Les orientations :
Le CCFD place en priorité l’avenir des plus pauvres de la planète. Agissant « pour une terre solidaire », il veut promouvoir un développement durable pour susciter la création de richesses et favoriser leur juste répartition, garantir l’accès aux droits humains et leur respect. Cela passera par « une redéfinition de la notion de richesse, la promotion de nouveaux modes de vie plus frugaux et une utilisation responsable des ressources naturelles ».
>> Les champs thématiques :
Le CCFD en choisit six pour « favoriser des transformations sociales et renforcer la citoyenneté mondiale » : la prévention et la résolution des conflits ; la souveraineté alimentaire ; la mise en œuvre d’une économie sociale et solidaire ; le défi des migrations internationales ; le partage des richesses financières ; enfin, l’évolution des rapports hommes/femmes pour plus d’égalité.
>> Les objectifs :
Le CCFD entend poursuivre trois objectifs : des transformations sociales visibles et le renforcement de la citoyenneté dans le monde ; l’élargissement du public auquel s’adresse le CCFD ; le développement de sa vie associative.

« Quel est donc le jeûne qui me plaît ? N’est-ce pas faire tomber les chaînes injustes ? N’est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim, recueillir chez toi le malheureux sans abri, couvrir celui que tu verras sans vêtement, ne pas te dérober à ton semblable ? » Isaïe 58

Les défis mondiaux de la solidarité
Denis Clerc
Paradoxalement, alors que le développement semble enfin devenir une réalité pour un certain nombre de pays du Sud, la désillusion l’emporte. Loin d’être perçu comme promesse d’une humanité mieux lotie, il devient crainte d’un avenir inquiétant.
Jamais la croissance économique des pays du Sud n’a été aussi soutenue, jamais leurs capacités productives n’ont aussi fortement augmenté, au moins dans les pays que l’on qualifie d’« émergents » parce que leur part sur le marché mondial tend à s’ac­croître. Jamais le Nord n’a autant importé de biens et de services du Sud.
Et pourtant, cette bonne nouvelle est devenue une source majeure d’inquiétude.

1.Inquiétude au Nord, car ce sont, dit-on, nos emplois qui s’en vont, notre approvisionnement en matières premières qui devient ruineux.
2.Inquiétude au Sud, où un petit nombre s’enrichit énormément tandis que beaucoup, exploités, marginalisés, voient leurs condi­tions de vie stagner ou empirer.
3.Inquiétude pour la planète enfin, car il devient évident que le modèle économique du Nord ne peut se gé­néraliser sans tensions insupporta­bles sur les ressources non renouve­lables, le climat ou la biodiversité.

D’abord, le développement ne se réduit pas à la seule croissance, à l’ouverture des marchés, à la mon­dialisation. Certes, les pays du Sud doivent produire davantage. Mais en prenant en compte la va­leur sociale des biens produits au moins autant que leur valeur éco­nomique: protéger l’agriculture vivrière peut permettre à la fois d’assurer une meilleure sécurité alimentaire et de sauvegarder des centaines de milliers d’emplois.
La croissance permet de grossir, le développement de grandir. C’est différent.

Le modèle occidental étendu à la planète entière n’est pas viable : il consomme trop d’énergie et de res­sources non renouvelables, il abîme trop la planète, il engendre trop d’inégalités insupportables.
Notre responsabilité est de le transformer pour le rendre plus respectueux de l’environnement, plus équitable pour les hommes d’aujourd’hui et de demain.
Alors, seulement, nous pourrons dire qu’il s’agit d’un mo­dèle de développement, c’est-à-dire d’un ensemble de possibilités dont chaque pays pourra s’inspirer pour fournir à chacun de ses habitants ce qu’il est en droit d’attendre pour vivre dignement, dans le respect de sa culture.
Au Nord, il faut réapprendre la sobriété et réduire les inégalités;
Au Sud, il faut mettre l’économie au service de tous.

« Il y a suffisamment de ressources sur cette planète pour répondre aux besoins de tous, mais il n’y en pas assez pour satisfaire la cupidité de chacun. » Gandhi

Luc 14,33 : « Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tous ses biens ne peut pas être mon disciple. » dit Jésus. Parce qu’être disciple de Jésus c’est s’approcher et aimer en se mettant dans la peau de l’autre. Donc c’est se faire pauvre avec le pauvre pour le comprendre et l’aimer vraiment. Il faut beaucoup de charité pour se faire pardonner la charité.
Jésus s’approche des pauvres, se fait pauvre avec eux, et demande à tous d’être pauvre et humble de cœur. Les pauvres viennent à Jésus. « Bienheureux sont-ils et malheureux ceux qui restent riches » malgré les appels de Jésus (Luc 6,20 : Luc 4,18 ; Luc 18,9 et 18,15 et 16,19).
Pour suivre Jésus « il faut « renoncer aux richesses » Luc 12,32 ; 8,14. La première Eglise essayait de vivre cet idéal : Actes 4,32 et 2,44.

Faites connaître partout ces mots prophétiques du Pape Paul VI
pour le Carême de 1967, il y a plus de quarante ans,
dans sa lettre encyclique POPULORUM PROGRESSIO.
Ces mots annoncent ce que nous vivons aujourd’hui.

3. Aujourd’hui, le fait majeur dont chacun doit prendre conscience est que la question sociale est devenue mondiale. Les peuples de la faim interpellent aujourd’hui de façon dramatique les peuples de l’opulence.

8. Laissé à son seul jeu, le mécanisme de l’économie moderne entraîne le monde vers l’aggravation, et non l’atténuation, de la disparité des niveaux de vie : les peuples riches jouissent d’une croissance rapide, tandis que les pauvres se développent lentement. Le déséquilibre s’accroît : certains produisent en excédent des denrées alimentaires qui manquent cruellement à d’autres, et ces derniers voient leurs exportations rendues incertaines.
13. Désormais, les initiatives locales et individuelles ne suffisent plus. La situation présente du monde exige une action d’ensemble à partir d’une claire vision de tous les aspects économiques, sociaux, culturels et spirituels.
14. Le développement ne se réduit pas à la simple croissance économique. Pour être authentique, il doit être intégral, c’est-à-dire promouvoir tout homme et tout l’homme.
18. Cette croissance personnelle et communautaire serait compromise si se détériorait la véritable échelle des valeurs. Légitime est le désir du nécessaire, et le travail pour y parvenir est un devoir : « si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus ». Mais l’acquisition des biens temporels peut conduire à la cupidité, au désir d’avoir toujours plus et à la tentation d’accroître sa puissance. L’avarice des personnes, des familles et des nations peut gagner les moins pourvus comme les plus riches et susciter chez les uns et les autres un matérialisme étouffant.
19. Avoir plus, pour les peuples comme pour les personnes, n’est donc pas le but dernier. Toute croissance est ambivalente. Nécessaire pour permettre à l’homme d’être plus homme, elle l’enferme comme dans une prison dès lors qu’elle devient le bien suprême qui empêche de regarder au ciel. Alors les cœurs s’endurcissent et les esprits se ferment, les hommes ne se réunissent plus par amitié, mais par l’intérêt, qui a tôt fait de les opposer et de les désunir.

26. Un système s’est malheureusement édifié sur ces conditions nouvelles de la société, qui considérait le profit comme motif essentiel du progrès économique, la concurrence comme loi suprême de l’économie, la propriété privée des biens de production comme un droit absolu, sans limites ni obligations sociales correspondantes. Ce libéralisme sans frein conduisait à la dictature à bon droit dénoncée par Pie XI comme génératrice de « l’impérialisme international de l’argent ».

58. La règle de libre échange ne peut plus – à elle seule – régir les relations internationales. Ses avantages sont certes évidents quand les partenaires ne se trouvent pas en conditions trop inégales de puissance économique : elle est un stimulant au progrès et récompense l’effort. C’est pourquoi les pays industriellement développés y voient une loi de justice. Il n’en est plus de même quand les conditions deviennent trop inégales de pays à pays : les prix qui se forment « librement » sur le marché peuvent entraîner des résultats iniques. Il faut le reconnaître : c’est le principe fondamental du libéralisme comme règle des échanges commerciaux qui est ici mis en question.

Les numéros sont ceux du texte officiel, le choix est du père Danty

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