Prédication du pasteur Christine DURAND LEIS

1Co 15, 51-58

Auber218                                                                              1 Co 15, 51-58

29.01.2012

Semaine de l’Unité

 

 

« Transformés par la victoire de Notre-Seigneur ». Ce thème de la SPUC 2012 s’appuie sur ce texte où Paul décrit la victoire finale du Christ, au dernier jour. Ce jour du retour du Christ dans sa gloire « pour juger les vivants et morts », fait l’objet de bien des fantasmes, de bien des peurs : qui sera trouvé digne devant le Juge suprême ? Qui sera appelé à la Vie éternelle, et qui sera envoyé dans les ténèbres et le désespoir éternels ? Le livre de l’Apocalypse, entre autres, décrit bien toutes ces angoisses qui entourent cette fin des temps.

L’apôtre Paul, lui, ne décrit ni cataclysmes, ni jugement. Pour lui, le jour final de la victoire du Christ sera sa victoire définitive sur toute mort : ayant déjà vaincu la mort au matin de Pâques, le Christ, à la dernière victoire, va terrasser aussi notre propre mort humaine. Nous ne serons plus ces êtres fragiles, mortels, semblables à l’herbe et à la fleur des champs aussitôt fanées, promise à la décomposition du tombeau. Mais, comme le dit le thème de cette Semaine de l’Unité, « nous serons transformés par la victoire du Christ », transformés en des êtres que nul mal, nulle mort, nulle corruption, ne pourra plus jamais atteindre.

Pour Paul, la mort est, jusqu’à ce jour de transformation finale, la marque en nous du péché. Par la victoire totale du Christ, nous serons donc lavés du péché et de la mort, cette « dernière ennemie ». Cette insupportable mort qui est non seulement cette marque du péché, mais cette voleuse qui nous ravit impitoyablement nos proches, nos bien-aimés… Quand nous perdons un être cher, nous nous laissons consoler par cette espérance chrétienne que, justement, au dernier jour, nous serons tous relevés de la mort, et vivants pour toujours, ensemble, dans la joie des retrouvailles.

C’est ainsi que Marthe, dans l’évangile de Jean, essaie de se consoler de la mort de son cher frère Lazare. A Jésus qui lui affirme : « Ton frère ressuscitera », Marthe répond en récitant son catéchisme : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour ». Triste consolation, parce que le dernier jour, c’est loin, bien loin, très loin… et il faudra attendre encore des éternités, peut-être, avant que nous soyons tous libérés de l’insupportable mort, en étant entraînés à la suite du Christ vainqueur, dans la Vie et dans la joie. Marthe se trompe : elle ne se trompe pas dans son espérance chrétienne de résurrection. Elle se trompe sur le calendrier : la Vie, la joie, la libération, la transformation, ce n’est pas pour cette mystérieuse et hypothétique fin des temps. C’est pour maintenant, pour tout de suite. Et pour preuve, c’est immédiatement que Jésus va rendre la vie à Lazare. Mais que pouvons-nous en apprendre, aujourd’hui, en repartant de ce texte de Paul ?

C’est que, peut-être, comme Marthe, nous devons reconsidérer notre espérance chrétienne. Cette transformation en des êtres de Vie, cette résurrection, nous est offerte non pas à cette hypothétique fin des temps, mais là, maintenant, aujourd’hui, tout de suite. La persistance un peu désespérante du mal, de la violence, de la mort, dont nous voyons le triste spectacle dans le monde, pose bien sûr la question du moment mystérieux où Dieu fera enfin toutes choses nouvelles. Où, comme il est écrit dans l’Apocalypse, il n’y aura plus « ni deuil, ni cri, ni deuil » (21,4). Cependant, laissons-nous proposer deux choses, ce matin.

La première est de nous laisser transformer nous-mêmes dès maintenant. Car nous sommes au bénéficie de la première victoire de Pâques ; et déjà, nous sommes entraînés dans la Vie. Dans le Nouveau Testament, le mot « ressusciter » signifie : « se réveiller », ou «se relever ». Nous ne sommes pas encore morts physiquement, mais nous sommes chaque jour atteints pour de si nombreuses petites formes de mort : tout ce que le péché et le mal abîme en nous. Nous sommes atteints par le sommeil spirituel, et nous avons besoin d’être des éveillés, des vigilants. Nous sommes atteints par toutes sortes de chutes, et nous avons besoin d’être relevés, remis debout, remis en route. Réveillés, relevés : nous n’avons pas besoin d’attendre le dernier jour pour être, dès maintenant, des êtres transformés, des ressuscités. Quand Lazare vivant sort du tombeau, Jésus ordonne de le délivrer des bandelettes mortuaires qui le ligotent. Laissons-nous aussi libérer de tout ce qui nous emprisonne, et laissons-nous aussi transformer en vivants, en libérés, car Christ a déjà remporté la victoire.

La seconde proposition est pleine d’espérance et de force. Et si nous-mêmes, nous laissant transformer dès maintenant par le Christ, nous voulions devenir des êtres de transformation ? Transformer le monde en lui annonçant, que la violence, le mal et toutes ses formes, et la mort, ne sont pas des fatalités. Oh, humblement, et modestement, bien sûr, chacun là où Dieu nous a placés. Pour conclure en nous proposant cette belle mission, je vais m’appuyer sur un passage de Luc (17,20-21) que je trouve fondamental. On demande à Jésus justement, quand arrivera ce dernier jour où, enfin, sera établi le Royaume de Dieu. Et Jésus répond qu’il n’arrive pas d’une façon observable, et encore moins spectaculaire. Mais il dit « Le Royaume de Dieu est au-dedans – ou au lieu – de vous ». C’est-à-dire que le dernier jour n’est pas à attendre, mais à faire naître : il est en fait déjà là, présent, en nous, parmi nous. Et s’il ne tenait qu’à nous, de le faire advenir en nous transformant nous-mêmes, en transformant ce monde, en y faisant pousser les semences de Royaume qui sont en nous, parmi nous ? Quand le Maître reviendra de son long voyage,  sa plus grande victoire serait d’y trouver des serviteurs vigilants et fidèles, déjà au travail. Il faut laisser le dernier mot à Paul : « Ainsi, mes frères bien-aimés, progressez toujours dans l’œuvre du Seigneur, sachant que votre travail n’est pas vain dans le Seigneur ».

Les commentaires sont clos.