HOMELIE DU 1er DIMANCHE DE L’AVENT – ANNEE C

Aujourd’hui, nous entrons dans une nouvelle année liturgique par le temps de l’Avent. Nos cœurs sont donc tendus vers la fête de Noël où nous célèbrerons la venue de Dieu dans notre monde. Cette fête est une fête joyeuse et pourtant l’Évangile, que nous venons d’entendre, nous rappelle combien notre temps est traversé par la peur, la détresse, parfois même le chaos. Notre monde est désespérant, il ressemble parfois à un monde perdu.

Nous pourrions être tentés de baisser les bras. Il y a des événements qui font mal et qui, nous décourageant, nous entraînent soit vers l’immobilisme soit vers la fuite. D’ailleurs, dans nos sociétés occidentales, l’attrait démesuré pour les loisirs et la recherche effrénée de la satisfaction de nos désirs les plus immédiats sont peut-être des signaux de notre démission face à un réel devenu trop dur à supporter.

Il y a peut-être une autre façon de faire face au réel. Le chrétien doit rejeter toute fuite face aux difficultés du monde. Ce n’est pas que nous soyons meilleurs que les autres, car nous connaissons chacun nos faiblesses, mais nous sommes habités par une espérance un peu folle :
oui, le Seigneur reviendra pour sauver pleinement le monde ;
oui, Il est déjà venu pour nous racheter de nos péchés ;
et enfin, oui, Il est avec nous aujourd’hui tout particulièrement quand nous traversons des épreuves.

Nous pouvons donc nous appuyer sur le Christ pour vivre dans ce monde. Et plus notre foi en Jésus-Christ est grande, plus ces mots de l’Évangile ont du sens pour nous : « redressez-vous », « relevez la tête », « tenez-vous sur vos gardes », « restez éveillés », « priez en tout temps ». La Parole de Dieu nous invite à être actifs même s’il nous semble que les événements nous privent de toute liberté et de toute prise d’initiative.

J’aimerais m’arrêter un instant sur notre façon de regarder le monde. Il est essentiel d’être lucide et de ne pas se cacher derrière un optimisme béat. Mais il est facile également de voir notre monde comme définitivement perdu : des faits divers qui soulignent l’atrocité de certains actes humains, des guerres, le chômage, la crise économique et je ne parle même pas du réchauffement de la planète… Il serait aisé de gonfler cette liste. Au regard du présent, le passé serait un paradis perdu : « ce n’est plus comme avant ». On en oublierait presque toutes les horreurs des siècles passés.

Or, nous devons pouvoir entrer dans le regard de Dieu. Essayons de nous souvenir des premiers versets du livre de la Genèse. Ils exposent la création du monde et ils sont rythmés par cette expression : « et Dieu vit que cela était bon ». Aujourd’hui, cela ne va pas de soi mais nous devons entrer dans le regard de bonté du Père et nous émerveiller de toutes ces petites pépites qu’Il nous donne à voir. C’est à ce prix que nous pourrons, remplis d’espérance et de foi, habiter notre monde.

Les exemples de ce que j’appelle des « pépites » sont au moins aussi nombreux que ces autres exemples qui nous font désespérer. Je pense aux élans de solidarité qui répondent aux grandes catastrophes de notre époque. Je pense aux différents groupes paroissiaux qui se mettent au service de la charité. Je pense à cette histoire que m’a raconté un paroissien qui se démène pour distribuer de la nourriture : arrivant dans une famille avec quelques provisions, ils se sont empressés de partager avec des voisins eux-aussi dans la difficulté. Sachons nous réjouir de toutes ces « pépites » que le Seigneur nous adresse. C’est une des raisons pour lesquelles nous avons remis en fonction le livre des merveilles : allez témoigner  de tout cela dans notre livre paroissial…

Entrer dans le regard de bonté du Père nous conduit à voir tout ce qui est beau et bon dans notre humanité. Faut-il pour autant occulter tout ce qui ne va pas et user d’un regard sélectif quant à notre monde ? Certainement pas ! Le regard du chrétien est non seulement bienveillant, mais il est aussi plein d’espérance.

Par exemple, quand nous regardons un ennemi, quelqu’un qui nous veut du mal, essayons de voir d’abord devant nous celui qui peut devenir notre frère. Si nous avons ce regard d’espérance sur telle personne ou telle situation, nous aurons peut-être la force de les accompagner jusqu’à ce qu’elles deviennent meilleures.

Faisons l’effort au cours de ce temps de l’Avent de voir notre monde avec un regard bon comme celui du Père et rempli d’espérance vis-à-vis de notre temps. Nous ne sommes pas ici pour juger le monde, nous désespérer et nous en séparer. Nous sommes ici pour transformer le monde et le rendre meilleur.

Demandons à Dieu, au cours de cette eucharistie, de savoir poser un regard juste sur le monde et de savoir l’aimer de cet amour « de plus en plus intense et débordant » dont nous parlait la seconde lecture. Amen.

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