Homélie de la fête de la sainte famille

Frères et soeurs bien-aimés dans le Christ, la fête de la sainte famille nous enseigne sur ce qu’est la vocation d’une famille : la famille doit préparer et permettre aux enfants de trouver leur place dans la société et dans l’Eglise. A 12 ans, à l’âge où commence la puberté, où l’on commence à tomber amoureux, Jésus accomplit cette parole fondamentale de la Genèse : « L’homme quittera son père et sa mère, et il s’attachera à sa femme ». Oui, à 12 ans, pour faire ce qu’il a fait, Jésus a vraiment quitté son père et sa mère psychiquement, et il a pu le faire parce qu’il s’est vraiment attaché de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa chair, à celle qu’il appellera plus tard son « Epouse », c’est-à-dire au peuple de Dieu qu’est Israël et l’Eglise. Et le signe que cette étape normale de la croissance humaine est réalisée parfaitement chez Jésus, c’est ce qui est dit à la fin de notre récit : « Jésus descendit avec ses parents pour rentrer à Nazareth, et il leur était soumis », « il leur était soumis  », autrement dit, Jésus n’a pas vécu l’adolescence comme une crise. Ou plutôt, il a basculé très rapidement de l’enfance vers la maturité adulte. Jésus a peut-être vécu chez ses parents jusque vers l’âge de 30 ans, en tout cas psychiquement et spirituellement il avait coupé le cordon depuis l’âge de 12 ans.

« L’homme quittera son père et sa mère » : ce n’est pas toujours facile… mais c’est le prix de l’épanouissement, c’est le prix de la liberté, c’est nécessaire pour s’attacher profondément à quelqu’un d’autre. Mais alors où trouver la force pour quitter son père et sa mère ? « l’homme s’attachera à sa femme », c’est dans l’attraction et l’attachement à quelqu’un d’autre que l’on trouve la force. Et voyez-vous, ce qui peut souvent freiner cette étape de la croissance humaine, c’est que notre capacité à nous attacher a été déçue ou qu’elle n’a pas encore pu se déployer pleinement. Nous sommes créés pour aller vers l’autre, vers l’autre sexe notamment, mais même l’autre sexe ne peut combler complètement notre cœur. Si nous plaçons une espérance démesurée dans l’autre sexe, nous serons déçus tôt ou tard. Seul le « Tout-Autre », seul Dieu, peut combler notre cœur et notre chair complètement. Qu’est-ce que Jésus pouvait bien avoir dans le cœur et dans la tête quand il a fait ce coup à ses parents ? Je crois qu’il avait les paroles du psaume que nous avons entendu : « Mon âme s’épuise à désirer les parvis du Seigneur ; mon cœur et ma chair sont un cri vers le Dieu vivant ! » C’est l’attachement amoureux à la maison de son Père qui a permis à Jésus de se détacher de ses parents. Nous aussi, c’est l’attachement amoureux à Dieu notre Père qui nous permettra de bien ordonner notre vie, c’est-à-dire d’avoir la bonne distance avec nos parents, d’éviter les extrêmes que sont les relations fusionnelles et les conflits exacerbés, ou encore qui permettra à un homme de s’attacher à sa femme de manière équilibrée (et vice versa). Cet attachement amoureux pour le Créateur, si nous ne le ressentons pas, il faut en réveiller le désir, parce que ce désir est bien en nous, même s’il est enfoui. Cela appartient à notre nature humaine. Le désir de Dieu est inscrit en nous à un point que nous n’imaginons pas, seulement il faut peut-être demander à Dieu qu’il nous le fasse découvrir. Il faut aussi commencer par croire que ce désir est en moi, et croire que Dieu veut me diviniser. Il faut aussi abandonner nos idoles et croire que seul Dieu peut me combler complètement. « C’est chez mon Père que je dois être » dit Jésus à ses parents avec assurance.
« Chez mon Père »… Et qu’est-ce qui nous attend « chez notre Père » ? Le repos et la joie. C’est le psaume qui nous le dit : de même que l’oiseau s’est trouvé une maison et l’hirondelle un nid, de même l’homme trouve son repos devant les autels du Seigneur de l’univers, son Roi et son Dieu. Oui nous trouverons le repos devant les autels du Seigneur. Et la mention des « autels » nous aide à comprendre comment on s’attache à Dieu. L’autel est d’une part le lieu d’où l’on puise des grâces (avec la prière et l’Eucharistie) et d’autre part le lieu où l’on prend des engagements (confirmation, mariage, ordination, envoi en mission): et donc notre repos ne consistera pas à dormir au pied de l’autel d’une église, comme le petit Samuel qui dormait dans le temple, mais à recevoir des grâces dans les sacrements pour être nourri et à se donner dans des engagements d’Eglise et à les tenir fidèlement. Quel paradoxe ! Notre repos se trouve dans le service ! L’oiseau s’est trouvé une maison, et l’hirondelle un nid, mais le fils de l’homme, lui, c’est dans le don de soi qu’il trouve son repos et sa joie. C’est en se recevant de Dieu et en se redonnant à Dieu sans cesse qu’il s’attache vraiment à Dieu, qu’il habite vraiment sa maison. Et ce don de soi se fait dans l’Eglise : Jésus, à 12 ans, se donne tout entier à son Père, dans le Temple de Jérusalem, au milieu des docteurs de la Loi, autrement dit en ayant trouvé sa place au sein du peuple de Dieu. Nous aussi, notre don de soi doit trouver sa place dans l’Eglise : Quelle est ma place dans l’Eglise ? A quoi le Seigneur m’appelle-t-il dans son Eglise ? C’est important car moi aussi je dois quitter mon père et ma mère pour m’attacher à l’Epouse qu’est l’Eglise. Est-ce que le Seigneur ne m’appelle pas à accepter une mission d’Eglise ? à être catéchiste ? au sacerdoce ? au diaconat permanent ? au mariage chrétien ? etc. Ce désir d’être participant au cœur de la vie du peuple de Dieu habite le cœur de chacun d’entre nous, que nous nous en rendions compte ou pas…

Ces engagements, pris devant les autels, nous apportent le repos et la joie du cœur.  Ils apportent la joie au peuple de Dieu. Tout le monde s’extasiait joyeusement devant le jeune Jésus quand il était dans le Temple. Ceci étant dit, parfois, et même toujours, ceux qui prennent ces engagements en Eglise traversent des périodes difficiles, où la joie devient moins perceptible, où la joie est comme recouverte complètement par les ténèbres… Dès lors, je crois qu’il est important de savoir que cette joie est quand même bien là. Ce n’est pas une joie ressentie, c’est une joie sue. C’est la joie de savoir que l’on fait la volonté de Dieu, de « se tenir avec assurance devant Dieu » comme dit Saint Paul. Et nous pouvons alors relever la tête ! Il ne faut pas s’étonner de périodes difficiles ou d’attristements dans une vocation, quelle qu’elle soit. Comme dit saint Paul, « ce que nous serons ne paraît pas encore clairement ». Oui, frères et sœurs, j’en suis convaincu, une joie immense nous habite, silencieuse parfois, mais elle finira par éclater tôt ou tard, et c’est la joie d’aimer jusqu’au bout, jusqu’à l’agonie parfois.

Prions les uns pour les autres pour que chacun éprouve l’Amour de Dieu notre Père, pour que chacun sache quitter son père et sa mère, pour que chacun puisse s’attacher au Dieu vivant dans le service de l’Eglise. Amen.

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