Homélie de Noël

Nous avons entendu la promesse faite à Isaïe au sujet de la naissance messie, (8 siècles avant la naissance de notre Seigneur Jésus) ; ce descendant viendra faire la justice sur la terre, et il sera comme une grande lumière pour tous les malheureux qui marchent dans les ténèbres. Et on lui donnerait comme nom : « Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ». Dieu fort = incarnation. Comment la force de Dieu va-t-elle se révéler ??  En fait, « Dieu-héros », alors comment l’héroïsme de Dieu va-t-il se manifester dans cet enfant messie ??
Dans l’Evangile entendu, Il y a un détail qui est répété, et c’est précisément ce détail que les anges qui apparaissent aux bergers appellent « le signe »…comme si c’était la chose la plus importante à retenir et à contempler…
Décrire chaque terme : « emmailloté et couché » c’est l’impuissance même, pourquoi le Tout-puissant se révèle-t-il à moi dans l’impuissance même ? est-ce là son héroïsme ? « dans une mangeoire », n’est-ce pas l’annonce que plus tard Jésus va se donner à manger… ? …
Mon créateur tout-puissant se révèle à moi dans un enfant impuissant qui ne peut même pas bouger les bras ? Qu’est-ce que Dieu veut me dire ? Ce que Dieu veut me dire, il me le dit dans mon histoire, là où j’en suis. Et peut-être que j’en suis là où en était le peuple d’Israël dans sa relation à Dieu quand Jésus est né…
Durant le temps de l’Avent nous avons été préparés par la parole du prophète Isaïe. Avant la venue du messie, Dieu a tenté de parler à son peuple de bien des manières, par les bienfaits de la libération d’Egypte et de la terre promise, mais aussi par la violence quand son peuple est infidèle à l’Alliance, en le flagellant par les paroles des prophètes, en lui envoyant les épreuves de défaites militaires et de l’Exil à Babylone, à tel point que Dieu a battu son peuple pour le ramener à la raison (petite explication : Dieu se sert des conséquences de nos péchés). Dieu ne pouvait se rendre indifférent à la perdition de ses enfants. Dieu a battu son peuple a tel point que celui-ci est brisé de partout, qu’il ne comprend plus grand-chose… Voilà ce que dit Isaïe :
« Cieux écoutez, terre, prête l’oreille, car Yahvé parle.
J’ai élevé des enfants, je les ai fait grandir,
mais ils se sont révoltés contre moi.

Le boeuf connaît son possesseur,
et l’âne la crèche de son maître,
Israël ne connaît pas,
mon peuple ne comprend pas.

Malheur! nation pécheresse! peuple coupable!
race de malfaiteurs, fils pervertis!
Ils ont abandonné Yahvé, ils ont méprisé le Saint
d’Israël,
ils se sont détournés de lui.

Où frapper encore, si vous persévérez dans la trahison?
Toute la tête est mal-en-point, tout le coeur est malade,

de la plante des pieds à la tête, il ne reste rien de sain.
Ce n’est que blessures, contusions, plaies ouvertes,
qui ne sont pas pansées ni bandées, ni soignées avec  de l’huile. (Isaïe (BJ) 1) »

Ce peuple, c’est moi aussi, dans les domaines de ma vie où je suis devenu impuissant, où je n’arrive plus à avancer. Mais Voilà que mon Dieu tout-puissant vient rejoindre dans ma condition d’impuissance, sauf que lui n’y était pas contraint, sauf que lui s’est abaissé dans l’impuissance uniquement pour moi et librement… Dieu vient à moi par cet enfant emmailloté et couché dans une mangeoire… C’est ainsi qu’il me parle désormais. Cet enfant ne parle pas encore, Qu’est-ce que Dieu veut me dire ? Pourquoi veut-il parler ainsi ?

pour que je n’aie plus peur de m’approcher de Dieu malgré mes péchés, pour que j’aie confiance dans sa bonté. En effet, qui aurait peur d’un bébé ?
Il a l’a fait pour être avec nous dans les épreuves de notre vie, non pas comme quelqu’un qui compatirait de loin, mais comme quelqu’un qui vit la même chose que nous, qui a gouté lui-même aux souffrances de cette vie… pour que nous ne portions pas nos souffrances tout seul mais avec le courage qu’il a eu et qu’il nous communique. Et ce n’est pas un hasard si plus tard Jésus mourra sur une croix, il était précisément venu pour cela, pour que tous ceux qui vivent des injustices ne soient plus seuls, mais pour qu’ils sachent que Dieu est de leur côté, qu’il est « avec eux », « Dieu avec nous », l’Emmanuel, comme l’avait annonçait le prophète Isaïe 8 siècles plus tôt.
Dieu s’est fait homme pour que l’homme goûte la vie de Dieu.
En donnant ces éléments de réponses, je n’épuise pas les mystérieuses raisons pour lesquelles Dieu a voulu se manifester à nous comme ça ? Durant cette messe, ce soir devant la crèche ou en priant chez soi, contemplons cet enfant « emmailloté et couché dans un mangeoire » et laissons-le nous souffler la réponse…

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