Le Christ est-il divisé ?, amitié fraternelle, moment de prière

Nous étions une soixantaine pour ce culte oecuménique qui a rassemblé les trois communautés : le Foyer Protestant qui accueillait, ND des Vertus et St Paul du Montfort. Sur le thème « Le Christ est-il divisé ? Nous avons vécu dans l’amitié fraternelle ce moment de prière , préparé par Edgard Francis Njitat, responsable du Foyer Protestant, Jean-Pierre Pourré, membre actif du Foyer, Audrey Tally, de Notre-Dame des Vertus, et le P. Frédéric. Puis un repas confectionné avec affection par tant de cuisinier(E!)s  nous a joyeusement rassemblé ensuite. Nous avons pu ainsi célébrer comme il convient l’anniversaire de Bernadette, la fille de Jean-Pierre !

«  Le Christ est-il divisé ? » 1 Corinthiens 1, 1-17

Voilà comment l’apôtre répond à ce qu’on lui rapporte des divisions entre chrétiens dans la grande ville de Corinthe. Divisions revendiquées, en plus, sous le prétexte de donner le nom de celui qui serait à l’origine de la foi de chacun. C’est dire si le sujet de la division de ceux qui veulent porter le nom du Sauveur est ancien ! C’est dire si les raisons invoquées pour vivre dans la division veulent se légitimer. A Aubervilliers, et ce depuis des décennies, nous avons cheminé, à l’inverse, sur le chemin de la fraternité chrétienne, sans que la différence de nos confessions nous arrête. Nous avons en mémoire les différents moments de ce compagnonnage commun, qui s’enracine dans notre foi en Christ, et aussi dans la bonne volonté de tous, pour faire tomber les murs, et construire des ponts. C’est ainsi que nous entendons alors l’avertissement de Paul comme le rappel de ce qui peut, pourtant, être dépassé. Nos Eglises, depuis la célébration de l’an dernier, ont vécu chacune des événements nouveaux. Le départ de notre chère Christine Durand-Leis nous a permis à nouveau de nous rassembler, pour entendre, sincère et exigeant, le témoignage du don de soi au Christ qu’elle a rendu, dans l’implication extraordinaire de sa personne dans tous les aspects de la vie de la Communauté du Foyer Protestant. Son souvenir nous est cher, mais son départ n’a pas empêché la marche de la communauté de se poursuivre. Sans la sagesse du langage humain, nous poursuivons notre compagnonage à la suite du Christ, et sommes réunis à nouveau cette année, dans la connaissance mutuelle et le désir d’approfondir les liens interpersonnels d’amitié qui nous unissent, catholiques et Protestants d’Aubervilliers. Nous prions ensemble grâce au mouvement œcuménique de l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture, nous travaillons ensemble au Vestiaire que le Foyer accueille deux fois par mois.
Pour quoi tout cela ? Pas seulement, il me semble, pour nous retrouver, mais pour répondre à l’oracle d’Esaïe (57, 14-19): « paix à qui est loin, et paix à qui est proche, et je le guérirai ». Car si le Seigneur veut accomplir son œuvre de paix, il se sert de nos mains. Si nous nous faisons, ensemble, proches de celui qui est loin, isolé dans la prison, en proie aux mauvais traitements, ou simplement dans la gène pour habiller sa famille, la guérison que le prophète annonce passe nécessairement par nos actes ;  Et ceux-là, nous les posons ensemble. Cette miséricorde que le Père veut faire à son Peuple, nous l’implorons ensemble,  et pas seulement ce matin. L’amour que Dieu veut donner, nous voulons en  être ensemble les canaux crédibles, dans notre cher Aubervilliers, qui galère parfois si fort, dans notre monde où la    justice ne brille pas toujours de mille feux.
Ce ne sont pas des miracles, au quotidien, que nous accomplissons, comme les disciples au temps de Jésus (dans l’évangile que nous venons d’entendre Mc 9, 33-41). Mais être chrétiens à Aubervilliers, c’est lutter. Et comme nous le pouvons, nous luttons. Ici, les esprits mauvais s’appellent « fin de mois difficiles, angoisse de ne pas avoir les bons papiers, précarité de l’emploi, problèmes familiaux créées par un logement trop petit, etc… » Et si nous recevons parfois le verre d’eau de notre appartenance au Christ, nous tâchons surtout de ne pas être au dessus du Maître. Il nous donne ce matin le signe de l’enfant. Pour nos éventuels appétits de grandeur, pour nous redire qui est le 1er dans son Royaume. Le serviteur, qui accueille un enfant comme Jésus, accueille ce dernier lui-même ! Quel encouragement inouï nous est-il donné là pour entrer dans le combat du service… Rien d’héroïque, dans une ville remplie d’enfants, nous passons notre temps à en accueillir ! Qui aurait le cœur assez dur pour rejeter l’enfant que nous avons tous été ? Quelle simplicité alors pour marcher sur le chemin du Sauveur, et lutter contre les tentations de l’orgueil et de la division. Car par l’accueil de l’enfant, nous faisons le geste familial par excellence, le geste prophétique qui annonce deux choses au moins :
– que l’humanité a vocation à se laisser rassembler en une seule famille,
– que le pouvoir de l’homme et de la femme ne doit légitimement s’exercer que dans le service. Nous avons demandé le Pardon de Dieu pour nos transgressions, rendons grâce aussi dans ce culte au Christ qui réalise sa parole par nos mains quand elles se tendent. Quand nos volontés de puissance laissent place à l’exigence de la conscience, quand la tentation de la division est estompée par la décision d’agir ensemble. En son nom, nous servons, en son nom, nous voulons chasser ces galères qui asservissent l’homme.
Les serviteurs semblent ne pas avoir d’étiquette, pour Jésus, et l’action, selon ce qu’il veut, qualifierait le fait d’être un de ses disciples. A nous maintenant de choisir de l’être. A nous de demander sa grâce quotidiennement pour mettre en pratique ce commandement, qui nous accomplit, nous humanise, nous réalise. Et plus que tous, qui nous rassemble naturellement, avec la force d’unification d’une exigence commune. La douceur du signe de l’enfant nous redit la joie qu’il y a à être disciple, à être serviteur, à être un accueillant, à être un lutteur. C’est cette joie qui nous unit ce matin. Nous allons en rendre grâce par l’hymne.

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