Quelques nouvelles du patronage d’Aubervilliers…

La seconde jeunesse des patronages

Les patronages qui ont fait les beaux jours de l’Eglise catholique de la fin du XIXème siècle jusqu’aux années 1960 renaissent. En s’adaptant aux nouveaux modes de vie, ils viennent compléter l’offre des centres de loisirs municipaux.

A vrai dire, certains n’avaient pas disparu. Comme à Denain, dans le Nord, où depuis plus de cent ans, la congrégation des Servantes des Pauvres gère un patronage. Le « patro » Saint-Joseph a juste changé de nom il y a une vingtaine d’années, lorsqu’il est apparu préférable – notamment pour travailler avec la CAF – de laïciser son nom. Rebaptisé Les Bleuets, le patro a encore accueilli ce mois de juillet 200 enfants. « Avec la perte de la foi dans notre région, le patronage a pris une autre forme, il nous faut aller aux périphéries, redémarrer avec des choses du quotidien » explique Soeur Marie Vianney, 31 ans, la directrice. Parmi les enfants accueillis, une majorité sont baptisés et une vingtaine sont de confession musulmane.

À Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), le tout jeune patronage « La cour du 6 » a vu le jour en janvier 2015 sous l’impulsion du curé, le P. Benoît Aubert : « L’idée première, c’est de faire comprendre aux jeunes chrétiens qu’on n’est pas chrétien seulement quand on va à la messe ou au caté, mais tout le temps, même en faisant du sport, souligne ce prêtre de 42 ans. Et donc de proposer d’autres temps de vie commune, car l’Église n’est pas notre maison seulement le dimanche ! »

Coller à la réalité du terrain
A l’origine de ces nouveaux patronages, il y a un constat : il manque quelque chose dans le quartier, il faut créer du neuf ! Puis une personne, ou une petite équipe motivée, des religieux ou des jeunes chrétiens qui ont envie de s’investir dans cette mission d’accompagnement et d’éducation, là où les familles sont souvent déstructurées. Enfin, des circonstances qui produisent le déclic : « À Meyzieu, on a profité de la réforme des rythmes scolaires, puisque les enfants du privé n’avaient pas classe le mercredi matin, explique Don Jean-Baptiste, directeur du patronage Saint-Jean XXIII,dans la banlieue lyonnaise, créé en septembre 2014. Dans les faits, on a davantage d’enfants qui viennent du public… On voulait aussi faire évoluer le catéchisme, en perte de vitesse, proposer quelque chose de plus régulier. Dans notre communauté Saint-Martin, on pensait à ça depuis un certain temps. »

L’objectif de ces nouveaux patronages est bien de répondre à une attente, de coller à la réalité du terrain. À Denain, l’une des villes les plus pauvres du Nord – 30 % de chômeurs -, les Bleuets attirent une population plutôt défavorisée qui ne part pas en vacances et les tarifs du patro, en fonction du quotient familial, sont très abordables : à partir de 80 centimes la demi-journée. Du côté d’Aubervilliers, les porteurs du projet en avaient assez de voir les jeunes traîner dans la rue.« Soit on reste là à regarder et à se plaindre, soit on agit ! Le patronage est un début de réponse pour faire autre chose que buller dans la rue…» souligne le P. Benoît Aubert. Certes, d’autres réponses existent comme le scoutisme, les clubs sportifs, mais le patronage pallie malgré tout un manque : « Les municipalités proposent des tas d’activités. Franchement, le jeune qui le veut bien n’est pas désoeuvré, mais parfois, il y a des freins communautaristes, constate le jeune prêtre.J’essaie d’être attentif à ce que notre structure soit au-delà des cultures, à ce que les jeunes apprennent à se connaître. L’Evangile nous demande de vivre ensemble, mais il faut être réaliste, ce n’est pas facile… »

Une soif inassouvie ?
La première mission des patronages, c’est donc le vivre-ensemble. L’éducation aussi. « Les familles ont besoin d’un cadre pour leurs enfants en dehors de l’école et du cercle familial, et dans l’Église, si on n’a pas toujours beaucoup de moyens financiers ou humains, au niveau éducatif, on a des ressources, estime Don Jean-Baptiste. On a vraiment le souci d’éduquer et de faire grandir les enfants, pas seulement de s’occuper d’eux. » Et en filigrane, il y a ce souci de les aider à assouvir une soif, plus ou moins consciente, d’autre chose : « Certains faits divers nous montrent clairement que de nombreux jeunes ne trouvent pas de réponse aux questions qu’ils ont au fond d’eux. Je pense que notre société oublie le spirituel, et il y a chez les jeunes quelque chose d’attristé, comme une soif inassouvie » perçoit Soeur Marie Vianney. Aux Bleuets, on est clairement dans une première annonce de la foi, contrairement à d’autres patronages qui sont davantage dans l’affermissement, l’approfondissement, avec un public déjà « converti ». « C’est notre façon d’être, de vivre et de croire qui évangélise, témoigne la jeune religieuse. Et le fait que nous soyons en habit pose question… Nous proposons aussi une journée dans le mois sur la foi. Les parents sont prévenus ; certains ne viennent pas ce jour-là. Il y a aussi un temps de louange chaque semaine, là encore facultatif. On y parle d’abord des rapports humains : ne pas se taper, demander pardon… »

Le dernier dimanche de juillet, la fête du patronage a réuni environ 700 Denaisiens dans le parc des religieuses autour de la messe, du repas partagé et du spectacle de danse des enfants. À Aubervilliers, « l’interreligieux est davantage dans le rentre-dedans, constate Benoît Aubert,même si on se rencontre entre musulmans et catholiques. Au patro, on essaie d’avoir un langage clair sur ce qui fait notre foi chrétienne tout en essayant de développer un climat plus serein entre les religions. » Les temps spirituels sont l’occasion de parler de la vie de saints, d’aborder des règles de vie en collectivité… « Les familles cherchent des lieux où on puisse parler de Dieu, où il y a quelque chose de l’ordre de la transcendance, souligne Don Jean-Baptiste. Par ailleurs, dans notre société laïque, les catholiques veulent désormais être identifiés comme chrétiens face aux musulmans, qui, eux, assument leur identité, même si au patro, on a aussi quelques familles musulmanes ! »

Se réaffirmer catholique
Les nouveaux patronages n’ont donc pas peur de s’affirmer ou se réaffirmer catholiques et de réinvestir l’espace public : « Il y a 70 ans, beaucoup de choses partaient des paroisses, aujourd’hui tout se développe en dehors des paroisses, constate le P. Aubert. L’idée n’est pas de revenir au passé, mais d’ouvrir à nouveau nos paroisses sur les quartiers. » Avec la bénédiction des diocèses mais aussi des municipalités qui voient plutôt d’un bon œil ces partenaires œuvrant comme elles pour le vivre-ensemble et réussissant parfois là où elles-mêmes ont l’impression d’échouer.

Les projets essaiment, les petits nouveaux prennent conseil auprès des anciens : « Avant de nous lancer, j’avais pas mal discuté avec le curé de la paroisse Saint-Georges, dans le XIXe arrondissement de Paris, raconte le P. Benoit Aubert, où aujourd’hui tout semble tourner autour du patronage, et aussi avec l’équipe du patro de Villemomble. Dans le 93, un autre patronage va s’ouvrir en septembre à Montfermeil. » Même son de cloche en région Rhône-Alpes où plusieurs prêtres sont passés à Jean XXIII pour voir comment tout cela fonctionnait. Un véritable réseau des patronages se constitue : une page Facebook en regroupe un bon nombre, une carte les localise ; on les retrouve surtout en région parisienne, dans l’est ou dans le sud-est et le sud-ouest, en Bretagne et en Vendée.
Soeur Marie Vianney se félicite de ce renouveau. La religieuse, qui aime passer de l’église au terrain de foot avec les jeunes, est heureuse de les voir « s’amuser chrétiennement » ! Du côté des petits nouveaux, le bilan semble positif. L’équipe du patro d’Aubervilliers, désormais rôdée, va faire de la pub à la rentrée pour augmenter les effectifs. Et à Meyzieu (Rhône), on est satisfait de cette première année : « Le patro est missionnaire, de nombreuses familles non pratiquantes viennent par le bouche-à-oreille et on constate un mouvement du patronage à la paroisse avec des demandes de catéchèse » observe le directeur du patro Jean XXIII. Autre point positif : le bénévolat. « On a mis en route une vraie dynamique paroissiale avec notamment des jeunes retraités qui s’occupent du ramassage scolaire, de l’aide aux devoirs… Et du côté des animateurs, il y a un beau mélange entre des sœurs, des séminaristes et des jeunes de Meyzieu qui encadrent les jeunes pour valider leur Bafa. » Pour les patronages, l’heure de la rentrée a peut-être bien sonné.

Patronages mode d’emploi
La majorité des patronages catholiques fonctionne le mercredi et/ou le samedi, les soirs de semaine en période scolaire, une semaine durant les petites vacances et en juillet. L’été, certains patronages proposent également des mini-camps ou des séjours de vacances. Ils sont tous déclarés auprès du ministère de la Jeunesse et des Sports et répondent aux exigences de qualité d’accueil et d’encadrement des enfants (BAFA…). Les patros sont essentiellement mixtes, certains sont plus axés sur le sport, la catéchèse, les jeux, etc.
On dénombre plus de 40 patronages en province et à Paris, le diocèse a regroupé tous les centres de loisirs au sein de la Facel, la Fédération des Associations Culturelles, Educatives et de Loisirs. Soit une cinquantaine de centres de loisirs, anciens patronages ou nouveaux centres, tous liés à une paroisse ou à une école.
http://www.facel-paris.com

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