HOMÉLIE AVENT 2016

Homélie du deuxième dimanche de l’Avent sur l’Accueil
Je pars chaque été en Terre Sainte pour accompagner un pèlerinage qui rassemble des personnes de la France entière. Le plus souvent, ils viennent vivre un « retour » de pèlerinage à Paris et décident de venir à la messe à Notre-Dame des Vertus. Ils témoignent presque toujours de ce qu’ils ont ressenti de la manière suivante : ferveur, bonne ambiance, accueil excellent…
Parfois, je me rends compte après coup de la brutalité avec laquelle j’ai reçu certaines personnes qui sont venues à l’accueil de l’église pour demander quelque chose à laquelle je ne peux pas dire oui. Je pense aussi au spectacle d’un accueil peu chaleureux de certains paroissiens vis-à-vis de visiteurs de notre paroisse.

Ces différents exemples montrent combien l’accueil est un combat de tous les jours et de tous les instants. Souvenez-vous de ce que j’ai dit la semaine dernière : à l’exemple du Christ, qui sort du Père pour venir nous sauver, nous devons sortir de nous-mêmes (de notre canapé, de notre confort, de nos habitudes, de nos certitudes,…) pour nous engager et nous mettre au service de Dieu et de nos frères, principalement à travers la communion et l’accueil.

Voilà ce que pourrait être la vision de notre paroisse, c’est-à-dire là où nous voulons aller : la communion et l’accueil. Aujourd’hui, en m’appuyant sur les textes, je parlerai de l’accueil. J’aimerai que ce ne soit pas simplement un programme mais une véritable culture, partagée par tous. J’insiste sur le « partagée par tous » : en effet, nous sommes à peu près 800 pratiquants chaque dimanche. Comment voulez-vous que le prêtre, même avec une équipe autour de lui, puisse vous accueillir véritablement ? C’est impossible ! Et je ne parle pas des pratiquants occasionnels ou des personnes qui viennent demander un service ponctuel, ou poser une question,… C’est tous ensemble qu’il nous faut nous accueillir les uns les autres, et accueillir ceux qui sont loin… et qui viennent vers nous.

Pourquoi nous voulons vivre l’accueil ?

D’abord, parce que Dieu nous Le demande. Vous avez entendu comme-moi cette invitation très forte qui a retenti dans la deuxième lecture : « accueillez-vous les uns les autres ». Il y a bien d’autre interpellation de ce genre dans la Bible. J’aime beaucoup cette phrase de saint Paul dans son épître aux Philippiens (chapitre 2) : « que chacun par humilité estime les autres supérieurs à soi » ; et le bienheureux Charles de Foucault d’ajouter : « voir en l’autre Jésus-Christ et faire pour lui plus que pour moi ». Ce serait une belle initiative de venir déposer dans mon casier à l’accueil de l’église ces passages bibliques qui nous stimulent à l’accueil : nous en ferions un beau panneau… d’accueil !

Ensuite, nous voulons vivre l’accueil sur notre paroisse parce que cela répond à une réalité d’Aubervilliers. Il y a énormément de « turn-over » dans notre ville et donc dans notre paroisse. Figurez-vous que 50% de la population de notre département change tous les 5 ans. C’est énorme ! Et cette réalité, en plus de la diversité de notre population, est aussi une interpellation forte à cette culture de l’accueil.

Il serait facile de donner bien d’autres motivations. Je vous en présente une dernière : nous voulons vivre l’accueil sur notre paroisse parce que l’accueil est un témoignage puissant de l’Amour gratuit de Dieu pour tous les hommes. Imaginez que quelqu’un entre dans notre église pour la première fois. On ne sait rien de lui. Il n’a rien fait pour nous. Et pourtant nous l’accueillons comme si c’était le Christ, pour ce qu’il est, sans le juger,… C’est évidemment un témoignage original et puissant pour cette personne de la gratuité de l’amour des chrétiens, donc de l’amour de Dieu.

Je fais miens, avec enthousiasme, ces différentes motivations : comment développer au sein de notre paroisse cette culture de l’accueil ?

Une première idée me vient de l’Evangile. Jean-Baptiste appelle ses auditeurs à se convertir. Se faisant, il prépare leurs cœurs à la grande rencontre avec Jésus qui viendra plus tard. C’est un formidable exemple pour nous. En effet, il est nécessaire que nous puissions préparer notre cœur avant d’aller à la rencontre de ceux que nous aurons à accueillir. Par exemple, tous les matins, au moment de ma toilette, je prie avec un texte que j’ai placé sur la glace de ma salle de bain. C’est un texte de saint François qui demande à Dieu de me disposer à bien accueillir ceux qu’Il mettra sur ma route tout au long de cette journée : patience, des pensées qui bénissent, …

Il y a aussi plein de techniques très humaines qui ne demandent de notre part qu’un peu de bon sens et de volonté. Je pense au sourire. Je pense aussi à cette capacité à ne pas dire non brutalement, et à chercher une réponse satisfaisante pour les deux « parties ». Je pense, encore davantage, à une vraie disponibilité. Hier, avec les confirmands, nous regardions un documentaire sur le père Pedro. C’est un prêtre argentin qui vit à Madagascar et qui a créé des villages d’insertion pour des personnes en grande difficulté. A un moment du reportage, il affirme qu’on ne doit jamais dire à la personne de revenir le lendemain. C’est tout de suite qu’il faut pouvoir répondre à sa demande. Pour cela, il s’appuie sur une équipe large et dévouée. Je me suis rappelé toutes ces personnes à qui j’ai demandé de repasser à mon accueil vendredi ou samedi. La plupart du temps, je ne les revois jamais… Comme je le disais tout à l’heure, le prêtre ne peut pas offrir une vraie disponibilité à tous. Que ça doit être frustrant pour beaucoup d’entre vous… Je vous promets que je ne chôme pas ! Mais c’est humainement impossible. Une réponse à cela est certainement de développer les groupes de quartier sur la paroisse. En effet, dans ces groupes à taille humaine, il est facile de s’accueillir les uns les autres, de s’entraider, d’intercéder,…

Enfin, je souhaite insister sur l’accueil comme un poids lourd de notre vision paroissiale. Il s’agit de lui faire une place dans notre spiritualité, lui donner la priorité dans nos engagements, dans nos décisions,… Je vais vous donner un exemple très concret où certains se reconnaîtront certainement. Je viens d’arriver à Aubervilliers et je souhaite aller à l’église. Je choisis Notre-Dame des Vertus et j’arrive avec mes enfants en bas-âge. Je suis vite débordé et mes enfants commencent à « égayer » la célébration. Tout d’un coup, un chrétien se tourne vers moi avec un regard accusateur et me dit comme seule parole de bienvenu un terrible « chuutt ». Et il ne me parlera plus jamais… Si l’accueil est une priorité, j’accepte d’être dérangé et que la célébration ne soit pas parfaitement recueillie. Si l’accueil est une priorité, je propose à ce couple de prendre un des enfants avec moi et de la soulager un peu. Etc

Frères et sœurs, Dieu nous invite à nous accueillir les uns les autres. Choisissons de Lui dire oui et de faire de l’accueil un puissant outil de témoignage de son Amour pour tous les hommes. Amen.

4 Responses to “HOMÉLIE AVENT 2016”

  1. Je suis heureuse de lire cette homélie. Je suis prête à être accueillante envers mes frères.C’est merveilleux tout cela. Merci Père Benoit.

  2. Merci pour ce commentaire. C’est une belle décision à prendre pour le bien de notre paroisse et pour ceux qui la fréquentent, même de loin.

  3. très belle homélie mais tellement difficile à réalisé

  4. Je suis d’accord André mais essayons.